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La santé métabolique chez les femmes autochtones : comprendre un héritage incarné du colonialisme

  • Photo du rédacteur: Aamir Wahhab
    Aamir Wahhab
  • 23 févr.
  • 7 min de lecture

Rédigé par Aamir Wahhab

Texte original en anglais.


Illustration d’Eloy Bida, représentant l’interconnexion entre les femmes autochtones, la terre, l’eau et les aliments traditionnels, qui constituent les fondements de l’identité culturelle et de la santé métabolique. Ces liens durables reflètent une vision du monde dans laquelle la santé est tissée à travers les relations avec tous les êtres vivants.


Les femmes autochtones au Canada présentent parmi les taux les plus élevés de diabète, d’obésité et de maladies cardiovasculaires au pays, développant souvent ces maladies à un plus jeune âge et avec des complications plus graves que les hommes autochtones et les femmes non autochtones.¹⁻⁴ Ces disparités sont particulièrement visibles pendant la grossesse : le diabète gestationnel survient deux à trois fois plus souvent chez les femmes autochtones, augmentant le risque d’accouchement prématuré, de complications obstétricales et de diabète à vie, tant pour la mère que pour l’enfant.⁴


Pourtant, ces tendances ne peuvent être expliquées uniquement par la biologie ou les comportements individuels. Elles reflètent les effets cumulatifs du colonialisme, du racisme systémique et de l’érosion de l’autonomie des femmes autochtones, qui continuent aujourd’hui de façonner la santé métabolique.⁵


Pour comprendre ces disparités, il est essentiel d’examiner comment l’histoire coloniale s’inscrit biologiquement dans le corps. Les chercheurs décrivent ce phénomène comme l’incarnation du colonialisme, l’empreinte de la dépossession des terres, de l’assimilation forcée et de la perturbation des systèmes alimentaires autochtones sur le corps.⁵ Les politiques coloniales qui ont restreint l’accès à la nourriture, imposé la famine et affaibli les savoirs traditionnels ont créé de profondes répercussions intergénérationnelles sur la nutrition maternelle et la santé métabolique.


Ces effets peuvent être transmis d’une génération à l’autre par des mécanismes épigénétiques, soit des changements dans la façon dont les gènes sont activés ou désactivés en réponse à des expériences telles que l’alimentation, le stress ou les traumatismes, sans modifier la séquence même de l’ADN. Ces modifications biologiques peuvent influencer le développement fœtal et le fonctionnement métabolique, ce qui signifie que les préjudices du colonialisme peuvent être transmis de parent à enfant à l’échelle moléculaire.⁶⁻⁹ Par conséquent, le diabète et les maladies cardiovasculaires chez les femmes autochtones reflètent l’héritage incarné et persistant de l’injustice coloniale, dans lequel le contrôle historique exercé sur le corps des femmes autochtones réapparaît aujourd’hui sous la forme de maladies métaboliques.⁵


Malgré cela, les discours médicaux dominants mettent souvent l’accent sur les « mauvais choix de mode de vie » ou l’excès de poids corporel. Pourtant, chez les peuples autochtones, l’IMC et le tour de taille sont des prédicteurs inadéquats des maladies métaboliques,¹⁰˒¹¹ et les résultats sont mieux compris lorsque les déterminants sociaux, tels que la pauvreté, l’accès à la nourriture et les répercussions des traumatismes coloniaux, sont pris en compte.¹² Mettre l’accent sur la perte de poids comme intervention principale ne reconnaît pas les réalités historiques de privation alimentaire forcée, de malnutrition et de traumatismes vécus dans le contexte de la colonisation et des pensionnats.¹³ Une compréhension culturellement ancrée de la santé métabolique reconnaît plutôt l’indissociabilité du bien-être physique, émotionnel, spirituel, environnemental et communautaire, privilégiant l’équilibre et le respect du corps plutôt que des approches centrées sur le poids.¹³˒¹⁴


Les forces qui façonnent les inégalités métaboliques agissent à plusieurs niveaux. Les causes distales, telles que le colonialisme, le racisme systémique et la perte des terres et des droits de gouvernance, structurent les conditions de la vie quotidienne.¹⁵ Celles-ci génèrent des causes intermédiaires, notamment le sous-financement des systèmes de santé, le surpeuplement des logements et l’accès limité à des aliments nutritifs.¹⁵˒¹⁶ À la surface se trouvent les causes proximales, telles que le tabagisme, l’alimentation et le stress chronique, souvent présentés comme des choix personnels alors qu’ils sont en réalité façonnés par des déterminants structurels plus profonds.¹⁵ Les interventions qui se concentrent uniquement sur les comportements individuels risquent de renforcer des discours nuisibles de responsabilité personnelle tout en ignorant les systèmes qui créent la vulnérabilité.¹⁵


Les systèmes alimentaires illustrent clairement ces effets à plusieurs niveaux. Les régimes alimentaires autochtones traditionnels sont composés de plantes, de poissons et de gibier récoltés localement et soutenaient autrefois une solide santé métabolique ainsi que le bien-être culturel dans les communautés autochtones.¹⁶ L’ingérence coloniale a perturbé ces systèmes, entraînant l’insécurité alimentaire, une dépendance aux aliments transformés et l’érosion des pratiques alimentaires traditionnelles.¹⁶˒¹⁷ Aujourd’hui, de nombreuses communautés autochtones font face à un accès limité aux fruits et légumes frais, à des coûts élevés pour les aliments nutritifs et à des sources d’eau non sécuritaires ou peu fiables, ce qui compromet la souveraineté alimentaire et la santé.¹⁶˒¹⁸ La contamination environnementale aggrave ces défis : l’exposition aux polluants organiques persistants et aux métaux lourds a été associée à une prévalence du diabète deux à trois fois plus élevée chez les femmes autochtones.¹⁸˒²⁰ Ces contaminants agissent comme des perturbateurs endocriniens, altérant le fonctionnement métabolique et amplifiant les effets de la privation nutritionnelle et sociale.¹⁸˒²⁰


Les femmes autochtones ne sont pas intrinsèquement prédisposées au diabète ou aux maladies cardiovasculaires. Elles deviennent vulnérables en raison d’inégalités sociales, économiques et environnementales enracinées dans le colonialisme.⁵ La question urgente n’est pas de savoir pourquoi les femmes autochtones présentent des taux plus élevés de maladies métaboliques, mais quels systèmes ont créé ces conditions en premier lieu.⁵ La santé métabolique des femmes autochtones n’est pas simplement une question médicale : c’est une question de justice sociale et coloniale. Reconnaître cette réalité exige de passer d’une logique de blâme individuel à une transformation des structures qui continuent de mettre en danger la santé des femmes autochtones.⁵


Les communautés autochtones dirigent déjà les mouvements qui façonneront des avenirs plus sains et plus justes. Les programmes de santé communautaires et adaptés au genre, développés par et pour les femmes autochtones, ont démontré des améliorations des comportements cardiovasculaires, du pouvoir d’agir et de l’engagement à long terme.²¹⁻²³ De plus, les initiatives autochtones de souveraineté alimentaire, fondées sur les aliments traditionnels et les savoirs culturels, ont démontré des améliorations de la qualité de l’alimentation, de la sécurité alimentaire et des résultats métaboliques.¹⁶⁻¹⁷ Plus important encore, la promotion de la justice environnementale, notamment par la réduction de l’exposition aux contaminants et la garantie d’un accès à des terres, à une eau et à des aliments de qualité, est essentielle au soutien de la santé métabolique.¹⁸ Un changement significatif exige de reconnaître comment le colonialisme et les déterminants sociaux de la santé continuent de façonner le bien-être des femmes autochtones.¹⁵


La véritable guérison et l’équité dépendent du retour de l’autorité aux communautés autochtones, de la valorisation du leadership des femmes autochtones et du rétablissement des liens avec la terre, la culture et les systèmes alimentaires traditionnels. Ces éléments ne sont pas seulement des déterminants de la santé métabolique : ils constituent des voies vers la souveraineté, la dignité et la guérison intergénérationnelle.


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